Il était une fois une mercerie dans Hochelaga-Maisonneuve. Mais la mercerie cessa d’exister. Puis le local demeura inoccupé un certain temps. Enfin, deux cabotins dans l’âme, Yves Robillard et Bertrand Lacour, qui vivaient alors d’autres expériences professionnelles, le découvrirent et décidèrent d’y tenir commerce. Ainsi est né le Restaurant Cabotins en 2004.
Pourquoi cabotins ? Certainement pas en prenant la définition du terme au pied de la lettre. Parce que loin d’eux la médiocrité et les attitudes prétentieuses. Par contre, ce sont de bons vivants avant tout et pas question de se prendre au sérieux. Si chacun des deux fondateurs a des racines dans le monde du théâtre (Bertrand) et de la télévision (Yves), cela n’en fait pas pour autant des pitres de la scène de la restauration. Au contraire, à dix-huit ans, le resto est devenu une véritable institution dans HoMa sans perdre un sou de son esprit cabotin.

Depuis son arrivée dans le quartier, l’endroit est devenu rapidement le rendez-vous des amateurs de bonne bouffe qui aiment les endroits originaux et peu banals. Parce qu’au-delà du menu qui propose des plats particulièrement attrayants et classiques de la cuisine du sud de la France modernisée, avec des appellations qui titillent les papilles gustatives, c’est un lieu de rencontre apprécié des clients qui y viennent de partout en ville et de la grande région montréalaise.
En été, la terrasse sur le trottoir de la rue perpendiculaire crée une ambiance agréable et permet des moments précieux entre amis ou en famille.

On y apprécie particulièrement les entrées de crabe, de boudin noir, de charcuterie et de carpaccio. En plat principal, les raviolis de riz, la tartiflette Cabotins, la dorade, le cassoulet ou le tartare de bœuf, sans oublier le risotto fruits de mer, régalent les plus fins palais. Côté sucrerie, le pouding chômeur trône au milieu de tartes et de gâteaux des plus succulents. Et faut-il le préciser, depuis la pandémie, on y apporte son vin pour accompagner ces agapes (et même sa bière est-il mentionné).

Le chef de Cabotins se fait un honneur de travailler avec de petits fournisseurs afin d'offrir des aliments de proximité et de qualité. Ainsi, la ferme Guy Noiseux de Marieville pour le bœuf Wagyu, Arhoma de Montréal pour la boulangère, Pré du Mouton Noir à Carignan pour l'agneau, Les lapins du Clapier à Beaurivage, la Fabrique à miel de Melbourne, et la Tisanerie Mandala de Montréal, sont parmi les lieux qui sont encouragés pour leurs produits de qualité.
On offre aussi des menus spéciaux pour groupes à certaines périodes de l’année. On prépare aussi des mets pour emporter et des plats congelés à cueillir au comptoir.

Désormais répertorié dans la plupart des guides gastronomiques et touristiques imprimés ou sur le web, il n’a de cesse de se créer de nouveaux adeptes. Le patron parle d’une clientèle provenant à 60 % d’ailleurs que le quartier ou la ville immédiate.
Il ne faut surtout pas oublier un des éléments majeurs qui font le charme de l’endroit : le décor. La regrettée mercerie hante toujours les lieux. Un mur tapissé de boutons, des patrons de couturiers plaqués dans des fenêtres, des mannequins de vitrine installés à l’entrée et même au plafond, de même que plusieurs autres vestiges du monde de la confection de vêtements pour hommes animent la salle à manger. On en retrouve même à la table alors que la serviette consiste en une chaussette blanche. Enfin, des dizaines de lampes de tables de diverses époques et divers styles sont accrochées au plafond, à la renverse, en guise d’éclairage.
Nous avons également été charmés par ce grand ilôt central autour duquel gravitent les cuisiniers et les serveurs et serveuses, créant une dynamique qui fait en sorte qu’on a l’impression que nos plats sont cuisinés tout à côté. Pas de cuisine en catimini chez Cabotins.
Le restaurant emploie une dizaine de personnes. On sert les clients du mercredi au samedi en soirée. Il est préférable de réserver.
Cabotins
restaurantcabotins.com
4821, rue Sainte-Catherine Est
Montréal, QC H1V 1Z7
514-251-8817
Dans une lettre ouverte ce mois-ci, constatant la dégradation depuis des années de l’environnement physique et social du quartier, la directrice de la SDC du Village Gabrielle Rondy lance un appel pressant à la formation d’un Comité intergouvernemental sur les enjeux prioritaires qui menacent la survie du Village et appelle les membres de la communauté à signer une pétition en ce sens sur le site de l’Assemblée nationale du Québec. Cette demande fait écho à la reconnaissance par l’Assemblée en mai 2019 du Village comme lieu de refuge et d’émancipation des communautés LGBTQ+. ‘’Le statu quo n’est plus une option pour le Village’’ conclut-elle.
Je suis certainement de l’avis qu’il est plus que temps que les différentes instances gouvernementales apportent un appui significatif à ce quartier au lieu de le regarder de haut, de détourner le regard ou d’y aller de bons mots creux. La dégradation de l'environnement du Village est manifeste et elle est étroitement liée à l'accroissement des lourdes problématiques sociales qui se concentrent à sa proximité. Il y a quelques semaines en prenant le métro à la station Papineau, l'expérience de me retrouver avec à mes côtés un jeune homme qui s'injectait en plein jour, alors qu'un autre jeune homme dormait sur les bancs de l'autre côté du quai, a achevé de m'en convaincre.


La naissance du Village dans un quartier charcuté
Quand j’ai habité le quartier pour la première fois il y a 45 ans, jeune étudiant, j’ai vu naitre le Village. C’était après les Jeux Olympiques de 1976 et la vague de répression policière pour ‘’nettoyer’’ le centre-ville d’une clientèle jugée honteuse et indésirable. Quelques établissements gais y avaient déjà pignon sur rue et dans les années qui suivirent le mouvement s’accéléra. Le quartier était depuis des années en plein déclin après avoir été charcuté pour la construction de l’autoroute Ville-Marie et avec la désindustrialisation du ‘bas de la ville’’.
La rue Ste-Catherine était dévitalisée dans l’est contrairement à sa partie ouest. Les locaux étaient beaucoup moins chers et depuis l’ouverture du métro l’ancien Faubourg Québec que ma grand-mère Gagnon, modeste couturière, regardait de haut du Plateau où elle avait vécu l'essentiel de sa vie, comme un quartier mal famé, était bien desservi par le métro avec trois stations entre le carrefour du métro à Berri et le Pont Jacques-Cartier. Le quartier n’était pas trop loin de la Main de Michel Tremblay et de bars gais qui existaient dans le Faubourg St-Laurent. Le Parc Lafontaine, lieu de drague gaie depuis des décennies, n’était pas trop loin non plus. Autant d’éléments réunis qui allaient faciliter l’émergence du Village. De plus, la nouvelle Cité des Ondes amenait une clientèle complémentaire permettant à plusieurs commerces de réussir en comptant sur les travailleurs du quartier la semaine et le jour et sur la clientèle gaie le soir et la fin de semaine.
La croissance du Village a été à son tour facilité par la présence d’élus gais rendue largement possible par la croissance de la communauté gaie du quartier, de Claude Charron à André Boulerice en passant par le conseiller municipal Raymond Blain. Leur présence è l’Assemblée nationale et à l’Hôtel de Ville a certes contribué à l’adoption de lois reconnaissant les droits LGBT et à un changement de cap dans l’attitude de la Ville à l’égard de la communauté.
En une vingtaine d’années, la croissance du Village a transformé le quartier. De quartier parmi les plus défavorisés, le déclin de la rue Ste-Catherine a été renversé et elle s’est revitalisée de Berri à Papineau. Cette revitalisation s’est faite presqu’exclusivement par les efforts et des investissements privés issus de la communauté contrairement aux autres micro-quartiers de l'arrondissement où des investissements publics importants ont été réalisés.
Revamper le centre-ville et pelleter les problèmes
Mais alors que le secteur qui est devenu le Village se revitalisait, de grands travaux largement subventionnés ont été faits au centre-ville plus à l’ouest. Alors que la désinstitutionalisation des patients des hôpitaux psychiatriques s’opérait et stimulait la résurgence de l’itinérance en l'absence de suivi psychosocial approprié, une pression s’est opéré pour tasser vers l’est les clientèles plus marginales et marginalisées que les autorités ne souhaitaient plus voir dans tous les micro-quartiers revampés du centre-ville, du Quartier du Musée au Quartier des Spectacles en passant par le Quartier international et aussi du Plateau en voie d’embourgeoisement.
Si bien qu’à la fin des années 1990, se greffant au réseau communautaire existant du Centre-Sud dont les clientèles déclinaient, les autorités ont jugé naturel de localiser ou de déplacer vers le quartier les différentes ressources pour les clientèles marginalisées, ressources en itinérance, en toxicomanie, en prostitution notamment. Leur concentration était une réponse lâche à l’insuffisance des ressources alors que l’État se désengageait. Le quartier avait toujours le stigmate de quartier pauvre et mal famé et on trouvait naturel d’y localiser de telles ressources même si les clientèles étaient pour la plupart exogènes. De plus, sa nouvelle identité gaie en faisait un quartier vu comme adulte, tolérant et marginal où la gestion de telles problématiques posaient moins problème que dans d’autres quartiers résidentiels à caractère familial.
Cette orientation était manifeste quand, à la fin des années 1990, la Ville avait proposé de faire du quartier une zone de déjudiciarisation de la prostitution de rue qui se déplaçait de plus en plus vers l’est depuis que le Red Light avait été ‘nettoyé’. Sachant très bien que la prostitution de rue était intimement liée à la toxicomanie à l’aube du 3e millénaire, l’ancêtre de la SDC, l’Association des commerçants et professionnels du Village s’était opposé à ce projet dément qui allait transformer le quartier en bordel et en piquerie à ciel ouvert. Et avec les autres associations de commerçants et l’appui massif de la population du quartier, ce projet fut défait et la Ville forcée de reculer. Ceci n’a toutefois pas mis fin au déplacement et à la concentration des problématiques sociales lourdes autour du Village.
Agir sérieusement en matière d'itinérance
Dès lors, il aurait fallu agir pour s’attaquer au problème le plus lourd, celui de l’itinérance qui recoupe très souvent celui de la toxicomanie et de la prostitution de rue. Mais au nom de l’’’action immédiate et urgente’’, on s’est limité à des expédients et à des demi-mesures réduisant le problème à un problème de ''cohabitation'' et d'offrir divers services de dernier recours et de refuges temporaires. Ce n’est que ces dernières années que, timidement, on s’est mis à comprendre que si on voulait agir en matière d’itinérance il fallait offrir un toit ET un suivi psycho-social et que de telles ressources ne devaient pas être concentrées dans un même quartier, mais près de tous les milieux de vie. Et on tarde toujours de comprendre que cette responsabilité revient d’abord et avant tout à l’État à travers les services de santé et de services sociaux, mais aussi de logement ce qui relève en partie du fédéral. Et non uniquement en comptant sur la police, la charité chrétienne ou sur les faibles ressources d’organismes communautaires… comme avant la Révolution tranquille.
Avec la pandémie et la crise du logement qui ont jeté des milliers d’autres personnes à la rue, action doit être prise maintenant de façon urgente et la SDC a raison de dire que le statu quo n’est plus acceptable. Sinon on risque fort de voir le quartier se transformer pour de bon en un Downtown East Side.
Des ressources pour faire face aux défis du Village
D’autant plus que le Village avait déjà d’autres défis qui lui sont posés par l’évolution sociale. Au fur et à mesure de l’acceptation, avec les rencontres en ligne qui remplacent les rencontres en personne, le Village perd de l’importance qu’il avait pour la communauté LGBT. Depuis plus de deux décennies, l’existence de la SDC a permis de freiner le déclin, déclin qui a été plus marqué pour les établissements LGBT dans les autres villes du Québec et jusqu’à Ottawa. Mais après des siècles de répression, au-delà des plates excuses pour celle-ci, des reconnaissances symboliques, il serait plus que temps que nos gouvernements mettent la main dans leur poche pour faire réparation et permettre à notre communauté dans le Village, mais aussi partout au Québec, de se doter d’équipements collectifs, de centres communautaires, de centres culturels comme il en existe pour toutes les autres communautés, mais dont la discrimination systémique persistante nous prive.
Alors, pour toutes ces raisons, je crois qu’il est tout à fait pertinent de signer la pétition qui a été lancée en espérant qu’on s’attaque au fond du problème et qu’on ne se contente pas de demi-mesures cette fois-ci pour balayer la poussière sous le tapis. Et surtout de rassembler nos voix pour qu’elles soient entendues. Si nous voulons donner de la substance à la reconnaissance du Village comme lieu d'affirmation de nos communautés au Québec, comme symbole de l'accueil de Montréal pour les touristes LGBT du monde entier que la ville et le Québec revendiquent et non un ghetto déprimant qu'on préfère éviter. Surtout au moment où la pandémie a fragilisé tout ce que nous avons bâti depuis un demi-siècle pour sortir de l’ombre et marcher tels que nous sommes au grand jour.
André Gagnon, éditeur

Pour signer la pétition:
https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-9993/index.html
Né Michel Seunes en 1932, Michel Conte aura été un artiste aux multiples talents tour à tour chorégraphe pour la télévision et la scène, auteur-compositeur-interprète et metteur en scène d'opéras, d'opérettes et de comédies musicales. Mais c'est comme auteur de la chanson Évangéline qu'il est passé à l'histoire au Québec et en Acadie.
Issu d'une famille paysanne. son talent est vite remarqué et il quitte sa Gascogne natale à treize ans pour étudier le piano et la composition au Conservatoire de Paris, puis la danse à Biarritz et il évolue ensuite en France dans le milieu du ballet classique. Au début de la vingtaine, il fréquente les salons parisiens où il côtoie Jean Cocteau et Charles Trenet qui lui prodigue ses encouragements. En 1955, il quitte la France après son service militaire et s'installe au Québec après avoir rencontré Raoul Jobin de la Maison du Québec à Paris.
Il débarque au Québec en octobre 1955 au moment où naissait la télévision à laquelle il imprimera sa marque en signant des chorégraphies innovantes, des ballets classiques présentés par Henri Bergeron à L’Heure du Concert aux fonds scéniques de l’émission de music-hall du dimanche. Il chorégraphie plusieurs ballets présentés à la télévision ou écrit de la musique qui sera utilisée par les grandes troupes de ballet canadiennes. Il mettra en scène plusieurs opéras, opérettes et comédies musicales, tant à la télévision que sur les planches. Le chorégraphe et danseur devient ainsi en quelques années une référence incontournable de la télévision canadienne en matière de danse et il influence directement le milieu en dehors de la télévision.
Mais c'est au cours des années 1960 qu'il entreprendra une carrière d’auteur-compositeur en composant des chansons pour Lucille Dumont, Monique Leyrac, Julie Harel, et Renée Claude pour qui il compose Shippagan qui met en scène l'exil acadien et qui deviendra un de ses grands succès. Et finalement, en 1971 il s'inspire du poème Evangeline, A Tale of Acadie de l’auteur américain Henry Wadsworth Longfellow (1847), pour écrire Évangéline, cette chanson sur l’héroïne fictive des Acadiens, Évangéline et son bel amant Gabriel, lors du Grand dérangement qui sera interprété par Isabelle Pierre et qui deviendra pour elle aussi son plus grand succès.
C'est en 1980 que Michel Conte bien avant que ce soit à la mode. fait sa sortie et parle de sa bisexualité dans Nu... comme dans nuages, un récit autobiographique.
En 2001, la partition de Évangéline, écrite trente ans plus tôt reparait et est interprétée successivement par Marie-Jo Thério, Lyne Lapierre et, plus récemment, Marie Williams et Annie Blanchard ce qui lui donne une deuxième vie à la radio et à la télévision.

En octobre 2006, à l’âge vénérable de soixante-quatorze ans, il reçoit de la SOCAN une plaque rappelant la première position de cette chansons à divers palmarès au cours de l’année écoulée. Le 28 octobre, lors du Gala de l’ADISQ, sa chanson Évangéline gagne le prix de la chanson de l’année. À cette occasion, le vétéran Michel Conte s’est déclaré « ému de recevoir » un prix pour cette chanson écrite il y a quarante ans. », en poursuivant que c’était « un miracle et un cadeau. » En entrevue à la télévision à cette époque, il rappelle que lorsqu’il avait écrit la chanson Évangéline « les Québécois ignoraient l’existence de l’Acadie. « Je fus le premier à parler de l’Acadie, et ça on ne pourra me l’enlever. »
Évangéline, interprétée par Isabelle Pierre en 1971
https://youtu.be/r4QtCJ0g0cI
Shippagan, interprétée par Renée Claude

https://youtu.be/_CU-7zoOWbw